Les raisons qui obligent jusqu’à maintenant EDF à acheter ces fournitures à des prix, disons, de faveur, à quelque moment qu’elles surviennent, sont de nature politique. Les ambitieux développements prévus, tout aussi politiques, obligent à reconsidérer un système en voie d’éclatement, et lui en substituer un autre, bien visible, tant pour le consommateur que pour le citoyen.
Les Pouvoirs Publics veulent encourager la création de capacités « renouvelables ». On ne peut guère leur en vouloir, quelle que soit la validité des arguments qu’ils déploient. Ces Pouvoirs sont légalement installés, il est normal qu’ils choisissent des politiques, et qu’ils les mettent en œuvre. Mais il est normal aussi que les citoyens, auxquels ils doivent leur légitimité, soient parfaitement informés des conséquences, et du coût, de ces politiques.
Très discutable, l’actuel recours à la CSPE, pour assurer le financement de cette démarche. Ce système est, en effet, pour reprendre une expression chère à M. Hullot, coercitif. Qui peut se permettre de ne pas régler sa CSPE, puisqu’elle est intégrée dans sa facture ? (On pourrait en dire autant de la TIPP : comment ne pas la payer, sauf à accepter de rouler moins).
Actuellement, la CSPE est une sorte de fourre-tout, (que G. Blonde et F. Poizat ont complètement décortiqué), où sont rangées différentes pertes d’exploitation, qu’EDF est en droit de se faire rembourser par quelqu’un. Il s’agit, en 2010, de 2,44 Milliards, dont 2,31 seront payés par les « abonnés ». (Pas par tous, il y a une foultitude d’exonérations).
Il s’agit, en premier lieu, de livrer le courant au même prix sur tout le territoire français, DOM TOM compris. Cette décision coûte environ 400 Millions par an. Il est évident que produire à Mayotte est plus coûteux que dans l’hexagone, mais le citoyen accepte sans trop de difficulté une application étendue du principe d’égalité auquel il est fortement attaché.
Mais il s’agit aussi de compenser « l’obligation d’achat », et à des prix pharamineux, qui contraint EDF à acheter du courant, même quand ses moyens suffisent à satisfaire la demande, (ce qui conduit à les ralentir), et envoyer directement les charges fixes son supportées dans le tiroir des pertes, en compagnie des pertes sur la revente.
Les autorités qui gouvernent la CSPE, probablement pour éviter sa hausse trop rapide, font en sorte qu’EDF ne soit pas entièrement indemnisée, la moitié environ des surcoûts lui reste sur les bras, ce qui aggrave son bilan, et réduit ses moyens d’investissements, nécessaires pour assurer le futur. Pour être « vraie », la CSPE devrait être presque doublée.
Le quelqu’un que nous cherchions, sont deux, si l’on peut dire : l’abonné, et EDF, laquelle doit finalement se tourner vers l’abonné, pour relever ses tarifs, ou pour attirer son épargne. Personne n’a intérêt à rester dans ce système flou, pour ne pas dire hypocrite, ni à transformer progressivement EDF en collecteur d’impôt, ce qui, de toute façon, ne saurait durer.
On le sait, la condition la plus contraignante pour un producteur d’électricité, c’est la nécessaire simultanéité entre production et consommation. S’il ne la satisfait pas, il lui faut, soit recourir au stockage, un problème dont on n’a pas encore la solution générale, soit alors, mettre à l’arrêt des machines pour faire la place à d’autres, et ouvrir ainsi le tiroir des pertes.
En 2008, Salgrev le disait ici même: La maîtrise du stockage de l’énergie est la condition préalable à la libération de sources d’énergie nouvelles, à peu près inépuisables, et non polluantes. La nouvelle frontière n’est plus de produire, mais de stocker.
Nous savons tous très bien que la solution générale n’existe pas encore, et, malgré une foi ardente en la Science, nous n’avons encore aucun échéancier pour sa survenance. Pourtant, cette incertitude ne semble pas préoccuper les tenants du projet Désertec, ni ceux du projet éolien français. Mais peut-être comptent-ils sur un trio de gogos, (consommateurs, EDF, Etat), pour avaler les pertes ?
C’est ignorer tout de l’électricité que de ne pas reconnaître l’extraordinaire diversité de ses cas d’utilisation. A-t-on recensé les cas où une solution, certes parcellaire, permettrait peut-être de franchir rapidement une étape, (un pilote), d’arriver à une réalisation notable, et encourageante pour la suite ?
Auyant le dire, ce genre d’approche, partir de la demande, est tout à fait à l’opposé de celle qui sous tend les projets dont on a fait la promotion cet été. Ces projets ne s’occupent que de produire, sans se préoccuper de l’occurrence de la demande.
Tout se passe comme si on comptait sur un progrès miraculeux à venir incessamment, ou si, plus hypocritement, on comptait sur les « gogos » évoqués ci-dessus pour encaisser les conséquences. Cette attitude, on en conviendra, rappelle le bon vieux temps du dirigisme, qui a pu conduire à la coercition, qui a d’ailleurs été suggérée.
A titre d’exercices « amusants », voyons deux idées, absolument sans garanties.
1°. On connaît déjà le système de re-pompage, par lequel en renvoie, aux heures où le courant est bon marché, de l’eau dans un réservoir en altitude, d’où elle est re-turbinée le lendemain, aux heures de pointe. En France, les sites les plus favorables sont déjà équipés.
Toutefois, comme à ces moments-là, le courant se vend cher, que le courant éolien sera, de toute façon, encore plus cher, un mode de réduction des dégâts serait d’assigner des éoliennes à une mission de re pompage. Le rendement de l’opération étant d’environ 75%, 4 MW récoltés pendant 4000 heures, donneraient 3 MW le lendemain, pour la même durée. 16000 MWh « gratuits » en produiraient 12000 chers. Pour rester neutre, il suffirait que le « gratuit » soit acheté à l’éolien 75% du prix du marché du moment. Cela ne serait pas le Pérou, mais cela donnerait une base raisonnable à la suite.
2°. On connaît aussi la possibilité de stocker dans des batteries, mais on sait qu’elles sont terriblement lourdes. Pour stoker 1MWh, il faut compter 10 tonnes de batteries. Pour stocker des TWh, il en faudrait des millions de tonnes…
La confiance dans le futur de la voiture électrique, et des batteries, pourrait ouvrir quelques perspectives. Des millions de voitures de ce type représente des millions de batteries, à recharger, selon un rythme encore inconnu, mais privilégiant certainement les heures de nuit.
Ce qui est intéressant dans le cas de la voiture, c’est qu’il n’est pas du tout nécessaire de vendre le courant à très bas prix, car le concurrent, c’est un carburant qui coûte environ 30c euro le KWh. Certes, on pourrait vendre du courant de nuit à 4c le KWh, mais franchement, on pourrait faire mieux. (Rappelons que nous ne cherchons qu’à imaginer les conditions d’une affaire neutre pour le réseau. Il ne s’agit pas de dessiner un business model).
Dans un réseau « dédié » idéal, associant des éoliennes tournant à leur rythme, et des parcs de batteries en cours de chargement à leur rythme aussi, au fond, ce qui compterait, ce serait, pour le réseau, que le courant entrant ne coûte pas plus cher que le courant sortant. Et d'ailleurs, le réseau n’aurait, en réalité, pas besoin d’être dédié, il suffirait qu’il offre, à certains points de vente, un courant de rechargement « auto », à un tarif plus élevé que le courant de nuit, et de l’acheter sur cette base aux « éoliens ». Là encore, ce ne serait toujours pas le Pérou, mais au moins, on aurait une base. (Ceci est le but de l’exercice).
La notion qui gouverne ces exercices, c’est que, pour déterminer un prix d’achat, il faut partir du prix de vente possible. Une fois entrés dans le réseau, peu importe de savoir où vont les électrons. Mais ce qui n’est pas neutre, c’est l’équilibre financier. Et si l’on veut encourager telle ou telle activité, il faut pouvoir mettre un chiffre en face, et laisser le citoyen libre de dire s’il est content ou pas. Mais cela ne doit pas passer par la facture d’EDF.Jusqu’à nouvel ordre, elle n’a pas été érigée en collecteur d’impôts. Pour ceux-ci, il faut avoir le courage d’envoyer une feuille, d’impôts justement.
Evidemment, en fixant comme principe que les transferts de courant devraient être neutres pour le réseau, un « manque à gagner » substantiel ne satisferait ni les éoliens ni les solaires, mais au moins, on saurait à combien s’élèvent leurs prétentions, et ils sauraient combien il s’agirait d’extorquer à l’abonné, ou à l’Etat, ce qui revient pratiquement au même. Ils seraient, sans doute, incités à mieux orienter leurs projets.
C’est au Parlement d’en juger, de discuter de la taxe Eolien-Solaire, de fixer son montant, son mode de perception, et à la Cour des Comptes de veiller à son évolution. De la sorte, le citoyen saurait pourquoi on veut solliciter son portefeuille.
Les étapes précédentes nous amènent au moment de dégager les principaux traits d’une réforme de notre façon de piloter EDF.
1°. Pour commencer, EDF justement, devrait être débarrassée de son rôle de collecteur d’impôts, ainsi que des obligations d’achat de courant survenant en dehors des moments où elle en a besoin, et à d’autres prix que ceux qu’elle peut consentir, sans compromettre sa rentabilité.
En gros, les prix d’achat proposés par EDF ne seraient en aucun cas supérieurs aux prix de vente du moment. Ils tiendraient compte d’une éventuelle perte de rendement, ou de charge d’amortissement non supportées, de façon à rendre ces achats absolument neutres pour EDF.
Ceci s’appliquerait aussi, évidemment, à tous les producteurs autres qu’EDF, il serait inique de procéder autrement.
A titre de survivance, on pourrait conserver une petite CSPE, réduite, ramenée au coût de la péréquation DOM TOM. Ce n’est pas économique, mais c’est conforme aux usages de la République. L’abonné doit pouvoir l’accepter.
En dehors de cette exception, les comptes d’EDF seraient « purs ».
2°. Le financement d’une politique d’encouragements des filières « nouvelles » serait fait par l’intermédiaire d’un impôt, discuté par le Parlement, qui fixerait son mode de perception, et contrôlerait son évolution.
3°. Les promoteurs de ces énergies « nouvelles », pris entre leurs coûts, élevés, et les recettes venant d’EDF, très réduites, devraient donc se tourner vers l’Etat, c’est-à-dire, les contribuables, avec des devis, pour discuter les montants qu’il serait acceptable de leur allouer, dans le cadre d’une politique d’encouragement.
En séparant les fonctions, on apporterait de la clarté au débat. On a vu avec la taxe carbone, que ce n’était pas du luxe d’avoir des idées claires.
Et EDF pourrait se consacrer, sans contrainte, à ses objectifs : trouver le plus de débouchés possibles, et les satisfaire en produisant le moins cher possible.
EDF, et ses concurrents, devraient aussi, et s’affranchir davantage de l’idée qu’elle est « dans l’électricité », pour penser qu’elle est « dans l’énergie »
1°. Vis-à-vis des « nouvelles façons » de produire du courant, tous les producteurs seraient à égalité de chances au départ.
Qu’il s’agisse d’EDF, Suez-GDF, ou de n’importe qui d’autre, la liberté d’entreprendre un projet, éolien, solaire, ou autre, serait totale.
Indéniablement, les grands producteurs ayant plus d’expérience que les petits, on pourrait imaginer que l’Etat consente à ceux-ci, sous l’œil du Parlement, et sur une base temporaire, un soutien financier. Toutefois, pour être sûr d ne pas contribuer à une hausse des coûts, qui réduirait la compétitivité nationale, le soutien pourrait prendre la forme d’avances remboursables. Se souvenir des mots de M. Boiteux !
2°. Etant donnés leurs caractères aléatoires, intermittents, saisonniers, les nouvelles sources seraient portées à rechercher les cas où le différentiel Prix de Vente-Prix de Revient serait le plus favorable.
On s’interdirait désormais de croire au mythe du « Grand Réservoir », dans lequel n’importe qui pourrait déverser n’importe quelle électricité, au moment où cela lui conviendrait.
Ne pourra entrer dans le réseau qu’une énergie qui y est demandée au même moment.
Cela reviendrait à abandonner l’idée de partir de la production, en partant désormais de la demande.
3°. Cette nouvelle démarche, conduirait, en principe, à rechercher les cas où l’on pourrait vendre ce supplément de courant au prix de vente les plus élevés.
On le sait, c’est au moment des pointes que le réseau est obligé d’acheter du courant très cher, et de le revendre à perte aux abonnés. Si les sources nouvelles sont capables de faire une offre compétitive à ces moments-là, ce sera tout bénéfice pour tout le monde.
Il ne faut pas exclure, d’ailleurs, le cas où EDF elle-même développe une solution : l’hypothèse d’éoliennes servant à remonter de l’eau en altitude, à re-turbiner le lendemain au moment des pointes, et dont le rendement est sans doute de 75%, pourrait se révéler attrayante. EDF aurait évidemment des atouts particuliers.
4°. Dans l’exemple ci-dessus, il est clair que c’est le stockage qui permet de contourner la condition de simultanéité entre demande et fourniture.
Tout moyen atteignant le même résultat contribuera au développement des « sources nouvelles ». Comme l’a écrit Salgrev, la nouvelle frontière des énergies nouvelles, c’est le stockage.
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En somme, ce qui est proposé, c’est d’éclaircir le brouillard entretenu sur la question des énergies nouvelles, et d’orienter les réflexions dans un sens plus profitable pour la Nation.